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. Volume 1, Numéro 3

Un Cher pas comme les autres

Il n'est certes pas un secret pour les habitués, les mordus, les fanatiques de l'aventure, mais pour les autres? À l'âge où certains pensent plan de retraite, jardinage ou voyage en Winnebago, lui pense crevasses, glaciers, manque d'oxygène, avalanches... Le répit, oubliez cela; amateurs de sensations fortes essayez donc une journée en sa compagnie! On parle toujours des gens qu'on aime à titre posthume, pourquoi ne pas en parler maintenant. Il y a 44 ans naissait une espèce d'aventurier, mi-homme, mi-fou à lier. Dès le plus jeune âge, il grimpe sur tout ce qui mesure plus que lui. Alors plus il grandit, plus il grimpe et cela n'aura pas de fin. Cependant son entourage espérait qu'avec la fin de la croissance arriverait la fin de l'ascension. Nenni!

C'est pire encore. Car ayant essayé le vertical, voilà qu'il entreprend l'horizontal, au désespoir de ses professeurs les plus proches. "Le mieux, diront-ils, c'est de le laisser aller". Pourquoi ne pas y avoir pensé plus tôt. Le problème c'est qu'une personne comme lui est comme l'avalanche qu'il se plaît d'ailleurs à narguer, il faut qu'il entraîne les autres avec lui. Et voilà que comme le capitaine Bonhomme, il repart vers une autre aventure et une autre aventure et une autre aventure...

Comment arrêter cet aventurier du 21e siècle? En l'aimant tout simplement et en partageant son éternelle épopée.

Sacré Bernard Voyer!

Robert Frosi

 

Les Sherpas, une civilisation de la marche et non des porteurs.

La plupart des gens associent le nom de Sherpa au porteur dans les expéditions. Il faut savoir que les Sherpas sont une ethnie vivant aux alentours de l'Everest. Ce peuple estimé à plus de 24 000 âmes s'est doté d'un système social assez élaboré notamment avec la liberté des femmes, le statut de l'enfance, la prudence dans ses alliances tant familiales que commerciales. La civilisation Sherpa est avant tout celle de la marche, car rien ne se fait dans ces alpages sans de nombreuses et interminables foulées. Dès le plus jeune âge, le Sherpa acquiert le pied montagnard et surtout la capacité de s'adapter à l'altitude. Ceux qui continuent aujourd'hui d'associer le Sherpa au simple porteur font une erreur monumentale car on devrait immédiatement déceler chez lui cette immense qualité de guide de montagne. Sans lui, plusieurs alpinistes occidentaux ne seraient pas en train de raconter leurs exploits et nombreux ont donné leur vie en refusant d'abandonner un grimpeur.

Une série de lois récentes adoptées par le gouvernement de Katmandou et acceptées par les expéditions internationales permettent aujourd'hui aux guides Sherpas d'être considérés comme des travailleurs à part entière.

Les piolets

Le piolet accomplit une foule de fonctions variées en milieu alpin: appui sécuritaire en terrain incliné ou lors d'une traverse de crevasse, nettoyage des crampons, taille des marches en glace dure, manoeuvre d'auto-arrêt, ancrage dans l'ascension d'un couloir, etc... Trois types de piolets répondent à la diversité des besoins modernes.

Piolet de randonnée technique

Sobre et léger, ce piolet est doté d'un manche droit et possède une tête en acier trempé ou en aluminium. Il assure une progression sécuritaire sur la neige et la glace en pente moyenne. Supportant une charge d'environ 250 kg, il n'est pas recommandé pour les manoeuvres alpines sérieuses. C'est avant tout un compagnon idéal en randonnée hivernale.

Piolet d'alpinisme

Il répond adéquatement à l'extraordinaire variété des conditions alpines. Dans un couloir de glace comme en terrain mixte, sa résistance supérieure (environ 400 kg) vaut son pesant d'or. La tête en acier forgée, plus lourde, pénètre mieux la glace et garantit ainsi un ancrage sûr lors des manoeuvres sécuritaires. Présente sur certains modèles, la gaine caoutchoutée offre une adhérence et une isolation supérieures. Les piolets au manche lisse pénètrent cependant mieux la neige dure. Ce type de piolet a souvent visité l'Everest.

Piolet de cascade de glace

L'engouement croissant de l'escalade de glace a incité les manufacturiers (européens pour la plupart) à redessiner le piolet alpin en fonction de besoins très spécifiques. Plus court, ce piolet se reconnaît à son profil agressif et son manche courbé. Ici, on vise le compromis idéal entre la force de pénétration, la qualité de l'ancrage et la facilité à retirer la lame de la glace. Par la forme sinueuse de leurs manches, les piolets dernier cri recherchent l'ergonomie du mouvement (poignet en position naturelle pendant le choc) et la protection des jointures. Plusieurs modèles proposent maintenant des caractéristiques atténuant la vibration causée par l'impact. Le raffinement technique n'a pas encore fini de nous surprendre.

L'ÉQUIPE LA CORDÉE



 

L'Himalaya et le paléoclimat

Il y a 60 millions d'années, les continents Indien et Asiatique entraient en collision formant la chaîne de l'Himalaya. Cette nouvelle formation a fortement modifié les bassins hydrographiques des océans. L'océan Arctique, entre autres, recevra désormais la majeure partie des eaux de drainage du quadrilatère délimité par la Mongolie, le Kazakhstan, la Sibérie et la chaîne de l'Oural. L'océan Arctique récupère ainsi 40 % de l'eau douce du monde entier bien que son volume ne représente que 10% du volume total de tous les océans.

Les eaux douces, à cause de leur faible densité, demeurent à la surface tandis que les eaux salées, plus denses, se trouvent dans les profondeurs. C'est ce qu'on appelle la stratification des eaux. Sans elle, il est impossible que la glace se forme à la surface des océans. Pourquoi? Parce que les eaux de surface augmentent en densité en se refroidissant en hiver, descendent au fond, générant ainsi des mouvements verticaux dans la colonne d'eau. Les eaux de surface sont ainsi remplacées par les eaux relativement plus chaudes des profondeurs. Cet apport d'eau chaude empêche la formation de glace et réchauffe l'atmosphère.

Avant la formation de l'Himalaya, on suppose qu'il n'y avait pas de stratification en Arctique, donc pas de glace et un climat plus chaud. Ceci pourrait expliquer le climat anormalement chaud connu lors du Crétacée, il y a 65 millions d'années, où des températures plus chaudes (de 30 degrés Celcius) étaient enregistrées à des latitudes correspondant à celle du Québec et même beaucoup plus au nord. La découverte de fossiles d'alligators sur l'île d'Ellesmere (en Arctique) datant de cette période, constitue une preuve de l'existence de cette période chaude.

Bruno Tremblay,
Email: tremblay@ldeo.columbia.edu

Lamont-Doherty Earth Observatory of Columbia University
rt 9W, Palisades, New York, U.S.A.

Tél: (914) 365-8669
Fax: (914) 365-8736

Le mal des montagnes (la suite)

Comme nous l'avons vu dans notre chronique précédente, le mal des montagnes est une affection bénigne qui, bien qu'elle ne soit pas grave, avertit le grimpeur que son corps a besoin de temps pour s'acclimater à l'altitude. Les malaises ressentis sont les signes précurseurs d'un effet physiologique perturbateur de l'hypoxie sur les cellules de différents organes. Si cet avertissement "physiologique " n'est pas écouté et si des mesures correctrices ne sont pas entreprises, il y a risque de complications. Pour ceux qui désirent approfondir leurs connaissances en médecine d'altitude, ce qui suit constitue une introduction aux problèmes plus sérieux qui peuvent survenir en montagne. Pour comprendre comment les mécanismes d'adaptation du corps sont dépassés lorsque les premiers symptômes sérieux apparaissent, voici un résumé des modifications que les principaux organes du corps doivent entreprendre pour pouvoir suivre les volontés du grimpeur !

La tension artérielle en oxygène diminue de moitié par comparaison au niveau de la mer (94 mm Hg) lorsque les 4 500 mètres sont atteints (44 mm Hg). Ceci est la résultante de la chute de pression atmosphérique qui force les gaz de l'air ambiant dans les alvéoles pulmonaires et les capillaires du réseau vasculaire artériel. Deux fois moins d'oxygène signifie pour les cellules de notre corps, pour qui rien n'est possible sans ce gaz, un changement important des "conditions de travail ". Il existe deux mécanismes principaux pour corriger ce manque, l'un tire son origine d'un capteur chimique dans la carotide, principale artère nourricière du cerveau. Dès que le corps carotidien détecte une diminution de la tension artérielle en oxygène, il envoie un message au centre de contrôle de la respiration à la base du cerveau qui augmente alors le rythme et la profondeur de la respiration. Une plus grande quantité d'oxygène est ainsi absorbée mais le gaz carbonique (CO2) déjà dans le sang est aussi expulsé en plus grande quantité par le même mécanisme. Ceci perturbe le mécanisme d'homéostasie prévu pour équilibrer la pression des différents gaz en solution dans le sang. L'organisme répond à la baisse de pression artérielle en CO2 en commandant au centre respiratoire une diminution du rythme. Cet ordre émane des plexus choroïdiens, formations cellulaires situées dans les ventricules du cerveau et intimement liées à la régulation de l'équilibre des substances nourricières de cet organe. Entre ces différents ordres contradictoires, le centre de contrôle respiratoire tente de trouver un compromis en variant le rythme automatique de la respiration. Celui-ci demandera quelques jours avant de se stabiliser et d'augmenter ce rythme de façon stable. Des études ont montré que lorsque la réponse physiologique de certains individus indique une augmentation considérable du rythme respiratoire, ils sont moins sujets aux complications reliées à l'altitude.

Le coeur aussi s'adapte à ce changement de condition d'oxygénation. Il augmente son rythme et décuplera la force de sa contraction pour permettre aux différents organes de recevoir plus de sang. Comme l'acclimatation s'effectue sur quelques semaines, il retrouvera sa contractilité antérieure mais gardera un rythme plus rapide pour fournir une quantité accrue d'oxygène aux tissus vivants.

L'oedème pulmonaire et l'hémorragie rétinienne font partie de ces atteintes pour lesquelles une intervention médicale est urgente. Ainsi, les poumons, dans leur structure cellulaire, sont également touchés par la baisse de la tension artérielle en oxygène. Dans un effort visant à favoriser l'absorption en oxygène, il y a une augmentation de la contractilité des artérioles au niveau des alvéoles pulmonaires. En contrepartie, comme dans une tuyauterie où l'espace pour l'écoulement du flot est diminué, il y a augmentation de pression du liquide et tendance aux fuites. C'est la base du mécanisme pathologique responsable de l'oedème pulmonaire : le sang transsude à travers les petites artères et va gonfler les tissus avoisinant, rendant ainsi plus difficile son étirement et sa contraction (nécessaires à l'amplitude respiratoire). De plus, les alvéoles se gorgent de liquide plasmatique ce qui rend difficile la circulation de l'air dans les poumons. L'oedème pulmonaire est une condition grave qui se manifeste par de la toux, une respiration superficielle et accélérée, de la cyanose (bleuissement des lèvres et des extrémités) et, lorsque le plasma a rempli les poumons, de l'écume à la bouche. Dans cet état, l'exercice est proscrit et plusieurs mesures d'urgence s'imposent : descente ou évacuation, chambre hyperbare, et traitement médical (nifédipine, furosémide).

Les hémorragies rétiniennes sont également le produit du même mécanisme d'augmentation de la contractilité des artérioles. Le sang se répand alors dans ce tissu qui tapisse le fond de l'oeil et qui contient les cellules responsables de la perception visuelle. Lorsque le sang touche la macula (site de la vision centrale), il y a risque de cécité partielle ou totale. Les gens qui prennent des anticoagulants (aspirine, anti-inflammatoire, coumadin, ) sont à risques supplémentaires. L'examen du fond de l'oeil par le Dr Petry déterminera si Bernard et son équipe sont toujours en sécurité. Mais qui examinera celui du Dr Pétry ?

Dans notre prochaine chronique, nous verrons comment le cerveau est influencé par les effets de l'hypoxie hypobarique et nous aborderons le traitement pharmacologique préventif de ces différentes complications.

Martin Tremblay M.D.
CHUM Pavillon Notre-Dame

Entrevue avec le docteur Thierry Pétry, médecin de l'expédition Everest.

1. Qu'apréhendes-tu le plus sur le plan médical dans ce type d'expédition ?

Personnellement, sûrement les appendicites aigüe car c'est à la limite de mes compétences. Et si l'urgence surgit, mon dilemme sera grand, en cas d'impossibilité d'évacuation.

2. Jusqu'où peut-on aller dans le type d'intervention chirurgicale d'urgence à effectuer sur place ?

Assez loin en urgence chirurgicale car je suis souvent confronté à ce genre de problèmes dans mon travail à l'hôpital. Entre autres, l'orthopédie d'urgence (remise en place, réaxation, immobilisation, etc.) Réanimation, hypothermie, engelures.

3. En altitude, des problèmes d'anesthésie, d'aseptie, peuvent-ils se manifester ? Y a-t-il des règles particulières à observer lors d'une opération en altitude ?

Oui, il peut y avoir des problèmes de pression partielle des gaz austhésiques, à commencer par l'oxygène. Des problèmes de remplissage des ballonets des sondes d'intubation. Donc, le choix d'anasthésiques intraveineux, de préférence est 02 pour les praticiens.

Aseptie: rien de particulier en altitude, au contraire, sauf au camp de base où la pollution de l'eau (de la terre, gravelle, de la glace) est certaine à cause des multiples expéditions.

4. La raréfaction de l'oxigène modifie-t-elle la pratique médicale ? Quelles sont les précautions à prendre ? Dois-tu t'oxygéner en opérant ?

La baisse de la pression partielle d'oxygène peut modifier notre jugement, notre bon sens et nos réflexes. Il est donc primordial de se réserver quelques inhalations d'oxygène et de reserver au patient blessé des méthodes austhésiques non gaseuses (ketamine intra-veineuse, locorégionale telle rachiausthésie, etc.)

 

Élèves de 4 ème année (402)
École Ste-Maria Goretti

Cher Bernard

Je voudrais te féliciter pour le spectacle que tu nous as donné. Merci pour le petit message. Bonne chance pour ton prochain voyage

Alexis Fouquette


Bernard, je voudrais te féliciter pour les belles photos que tu as prises surtout le gros chat. Et bonne chance pour le mont Everest.

Guillaume Lépine

Je te remercie Bernard d'être venu nous voir pour nous montrer tes diapositives du pôle Nord et du pôle Sud. J'aimerais bien en savoir plus sur les chôses que tu fais. Je souhaite que tu réussisses tout ce que tu veux faire.

Vickie B. Gignac


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